Dans un contexte de crise multidimensionnelle (insécurité prolongée, déplacements massifs, inondations et sécheresse), le Projet de Renforcement de la Résilience Climatique, Alimentaire et Nutritionnelle (PRECAN), mis en œuvre par l’ONG Action pour le Développement du Sahel (ADESA) avec l’appui du Fonds Humanitaire Régional pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre (FHRAOC), a engagé une démarche de capitalisation pour documenter ses acquis, bonnes pratiques, défis et leçons apprises. Démarrées en octobre 2025 et conduites sur les sites de Chétimari, Boudoumari et Diléram (communes de Chétimari et N’Guigmi, région de Diffa), ces activités visent à consolider une mémoire collective indispensable à l’amélioration des interventions futures et à la pérennisation des résultats.
Une réponse multisectorielle adaptée à une crise aiguë
Face aux conséquences des inondations de 2024, (destruction de périmètres maraîchers, dégâts aux infrastructures et pertes des moyens d’existence de milliers de ménages), ADESA a ciblé 1 713 ménages vulnérables (personnes déplacées, réfugiés, rapatriés et communautés hôtes) et, après enquêtes CAP et ciblage, 1 848 ménages ont été recensés pour bénéficier d’appuis différenciés selon les sites. Le projet concentre ses actions sur deux secteurs prioritaires à savoir la sécurité alimentaire et la santé-nutrition, complétés par des appuis pastoraux, économiques et des mesures de protection. Les chiffres clés traduisent l’ampleur de l’intervention à savoir 1 113 ménages reçus en assistance alimentaire (vouchers inconditionnels et kits vivres), 335 ménages soutenus en appui pastoral, 300 bénéficiaires accompagnés pour le commerce (CASH). Parallèlement, plus de 600 femmes ont bénéficié d’un renforcement du suivi prénatal et postnatal et plus de 600 enfants de moins de 5 ans ont été dépistés et suivis en nutrition avec distribution de compléments.
Des impacts concrets sur les conditions de vie et les pratiques
La capitalisation met en lumière plusieurs effets positifs mesurables. Sur le plan de la sécurité alimentaire, la distribution de kits vivres et de vouchers a permis une réponse d’urgence à 1 113 ménages, réduisant l’exposition immédiate à la faim dans des zones où l’insécurité alimentaire dépassait 60%. Les appuis pastoraux (335 ménages) et la remise de kits fourragers ont contribué à préserver des moyens d’existence essentiels pour des familles dépendantes de l’élevage. Les réhabilitations de sites maraîchers et l’accompagnement des groupements féminins ont enclenché une dynamique productive locale et renouvelé des périmètres détruits par les inondations.
En santé et nutrition, l’équipement des CSI et la dotation en matériel médical (balances électroniques, toises, thermomètres, réfrigérateurs, etc.) ont renforcé la capacité de prise en charge au niveau local. La distribution de kits d’accouchement propre, la sensibilisation et le référencement des cas obstétricaux ont directement amélioré la qualité des soins maternels et néonataux. Le dépistage nutritionnel et la distribution de compléments pour enfants et femmes enceintes et ou allaitantes ont constitué une barrière essentielle contre la malnutrition aiguë chez les plus vulnérables.
Transformation sociale et renforcement de la gouvernance locale
Au‑delà des chiffres, le PRECAN a favorisé une évolution des rapports sociaux et de gouvernance locale. Les formations, dont celles sur les mécanismes de gestion des plaintes (MGP), la prévention des violences basées sur le genre (VBG) et la protection, ont développé des capacités communautaires en matière de transparence, d’inclusion et de redevabilité. Plus de 3 700 personnes ont participé aux campagnes de sensibilisation sur la protection et la cohésion sociale, des ateliers VBG et AES ont réuni leaders communautaires, relais, représentants des services sociaux et autorités locales, renforçant ainsi les circuits de dénonciation et d’orientation des victimes.
La capitalisation montre que l’appropriation des outils par les communautés, (comités de plaintes fonctionnels, relais de santé formés, groupements féminins organisés), a contribué à restaurer la confiance entre les bénéficiaires et les acteurs humanitaires. Cette confiance est un levier essentiel pour la durabilité car elle facilite la remontée des besoins, l’ajustement des interventions et la responsabilisation locale dans la gestion des ressources.
Leçons apprises et recommandations stratégiques
Les échanges de capitalisation ont permis d’identifier des défis persistants, notamment l’adaptation des formations aux spécificités locales, la nécessité de mieux valoriser les savoirs locaux, et l’insuffisance du suivi d’impact à long terme. Sur la base des retours d’expérience, les recommandations principales formulées par les participants sont entre autres d’adapter les modules pratiques aux réalités de chaque site, de consolider les mécanismes collectifs d’adaptation climatique (composantes pastorales et maraîchères) en intégrant les savoirs autochtones, de renforcer le suivi participatif des impacts et la collecte de données post‑intervention et d’améliorer la coordination entre services techniques, acteurs humanitaires et équipes de terrain pour assurer complémentarité et continuité des actions.
Perspectives : capitaliser pour pérenniser
Les données recueillies lors de l’atelier de capitalisation sont analysées afin d’éclairer les ajustements programmatiques nécessaires. ADESA souligne que les populations de Chétimari et N’Guigmi sont actrices de leur propre résilience, la capitalisation vise à transformer leurs expériences en modèles reproductibles, capables d’orienter des interventions futures plus efficaces et plus durables.
In fine, le PRECAN illustre comment une intervention multisectorielle, ancrée dans l’écoute et la participation, peut produire des impacts tangibles, (sécurisation des moyens d’existence, amélioration de l’accès aux soins, renforcement des capacités locales et transformation sociale), même dans un contexte humanitaire complexe. La capitalisation engagée par ADESA jette les bases d’un apprentissage institutionnel et communautaire indispensable pour assurer la pérennité des acquis et renforcer la résilience des territoires du Sahel.
#PRECAN #CapitalisationGlobale #Résilience #SécuritéAlimentaire #SantéNutrition #Protection #ADESA #FHRAOC







